08.02.2010
Le cliché du patriotisme américain
Hier soir, j'ai eu l'occasion de me faire quelques réflexions sur le patriotisme américain. Celui qui fait l'objet d'un gros cliché.
J'ai commencé avec "Jarhead", le film de Sam Mendes sur la première guerre du golfe. Les soldats ne vont pas se battre pour libérer le monde ou pour montrer la supériorité du modèle américain. Ce sont bien plus des mercenaires qui ne rêvent que d'en découdre. Mendès évite les questions trop directes, laissant un de ses personnages jouer le rôle de celui qui met les pieds dans le plat (à propos de la richesse et du pétrole en jeu).
Après cela, j'ai regardé le début de la retransmission du Superbowl. C'est toujours marrant, cet événement totalement américain, censé être fédérateur de tout un peuple comme… euh… non, je ne vois pas d'exemple similaire. Imaginez un peu, quelques minutes avant le coup d'envoi, alors que les joueurs sont déjà sur le terrain, Queen Latifah qui chante "America the beautiful", avec un choeur de gamins, façon gospel. Et quand vous n'en pouvez plus, arrivent quelques types en uniforme militaire, avec tambour et tout, pour laisser une ancienne gagnante d'American Idol (ne me demandez pas son nom, je ne connais pas plus les concurrents américains que les français) chanter l'hymne américain.
A ce moment-là, je souriais en matant les plans sur les joueurs. Je pensais à nos chers ministres qui voulaient imposer que les joueurs de foot chantent la Marseillaise avant les rencontres de l'équipe de France. Là, ça ne chantait pas beaucoup. Un des gars avait bien la main sur le coeur, le regard fixe, mais bon, son voisin semblait s'emmerder, un entraîneur mâchait son chewing-gum, atttendant avec une impatience visible de passer au match. Et sur un plan large, j'ai découvert un truc qui m'a fait halluciner. Je ne sais pas si j'ai raison d'en parler, car cela pourrait donner des idées aux politiques dont je parlais plus haut… Sur les panneaux lumineux (qui servent habituellement aux pubs), à mi-hauteur des tribunes, les paroles de l'hymne s'inscrivaient, façon karaoké.
Incroyable. Dans un pays que l'on croit très patriote, le modèle dont rêve les Sarkortesson, on ne connaît pas l'hymne national et il faut même en rappeler les paroles pour avoir une chance que le public s'y intéresse. Alors, bien sûr, on pourrait s'arrêter sur l'aspect bourrin de toutes ces manifestations patriotiques pour un événement sportif (je n'ai même pas parlé des avions de chasse survolant le stade aux dernières notes de l'hymne), mais je préfère voir la réalité derrière la mise en scène. Visiblement, les américains ne sont pas plus dupes que les autres.
16:24 Publié dans information | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football américain, hymne
25.01.2010
Pelecanos est grand (et je suis son vassal)
J'ai enfin réussi à lire "Un jour en mai" ("The turnaround" en Anglais… Le titre français fait référence à une chanson de Blue Oyster Cult citée dans le roman… Intéressant, d'ailleurs, de voir qu'on n'a pas cherché à traduire le titre original, mais plutôt à imaginer un titre différent, comme s'il s'agissait d'un roman différent de l'original) de George Pelecanos.
Enfin, parce que j'avais acheté ce livre à l'automne et n'ai pu l'ouvrir que ces derniers jours, avec un afflux de manuscrits à lire, de recherches littéraires à faire pour plus tard… Je l'ai déjà écrit à plusieurs reprises, donc, je ne vous surprendrai pas en précisant que Pelecanos est un des mes auteurs préférés. Comme toujours lorsque l'on découvre la nouvelle oeuvre de quelqu'un que l'on admire, il y a un mélange d'excitation et d'angoisse. Et s'il me decevait, cette fois-ci ? C'était d'ailleurs un peu le cas du précédent roman de Pelecanos…
Rapidement, on entre dans le sujet, et dans le Washington des années 70, avec sa musique (ou plutôt ses musiques), ses milieux sociaux, tels des castes infranchissables, avec leur frontière physique autant que mentale. Un drame s'y produit, sans que l'auteur cherche à séparer les coupables des supposées victimes.
Le coeur du roman n'est pas dans cette première partie, mais dans les conséquences, 30 ans plus tard. On retrouve dans la même ville des sociétés qui ne se mélangent pas, des codes sociaux immuables et dont les personnages sont conscients, quand bien même ils ne parviennent pas à les contourner.
Le contexte politique est très présent en arrière-plan, avec l'engagement militaire, aussi bien en Irak qu'en Afghanistan. A aucun moment Pelecanos ne cherche à exprimer une opinion sur ces conflits. Ce qui l'intéresse bien davantage est au niveau humain. Quel type d'américain est envoyé là-bas ? Que cherchent les soldats qui acceptent de s'engager (les pages sur le bureau de recrutement sont édifiantes) ?
Après avoir refermé le livre, je suis content d'avoir retrouvé l'acuité du regard de Pelecanos sur une portion de la société américaine. J'ai lu un polar, certes, mais j'ai appris des choses, j'ai ouvert les yeux, ne serait-ce que sur une toute petite parcelle négligée.
Et la réflexion suivante, la même qui me vient à l'esprit, c'est "qui fait cela, en France ?". Cela fait des années que je cherche… Je suis peut-être passé à côté, mais je n'ai pas trouvé cette volonté de regarder la société dans les yeux. Et pas davantage dans les manuscrits que je lis pour le lamantin, d'ailleurs… En réfléchissant deux secondes (soit ma capacité maximale, faut pas trop m'en demander), le premier nom auquel je pense est Simenon, qui s'intéressait vraiment à l'humanité de ses personnages, avec une vraie pensée "sociale". Alors… ? Quand est-ce que je vais enfin découvrir que je me trompe et que Pelecanos n'est pas le seul dans sa catégorie ?
15:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pelecanos, simenon, polar, social, roman
11.01.2010
Curiosité littéraire
Pour des raisons professionnelles, je me suis lancé dans la lecture des mille et quelques pages du "Juif errant", écrit par Eugène Sue.
Après une petite centaine de pages, j'étais (déjà) un peu perplexe. Je m'attendais au récit d'une machination déjouée par des personnages se transformant en véritables héros, un peu comme si le livre était l'ancêtre des thrillers actuels. Or, si la machination semblait se mettre en place, je ne voyais pas de héros.
Quelques dizaines de pages plus loin, je ne pus m'empêcher de rire devant la légéreté dont fait preuve l'auteur envers ses lecteurs. Ainsi, nous quittons 3 personnages alors qu'ils s'enfuient par la fenêtre d'une auberge pour éviter une injuste arrestation. Au chapitre suivant, un autre personnage nous apprend que les 3 fugitifs ont été repris et emprisonnés. Une cinquantaine de pages plus tard, les 3 prisonniers sont sur un bateau. On apprend alors qu'ils se sont évadés miraculeusement. Tellement miraculeusement que Sue ne reviendra jamais sur cette évasion qu'il n'a pas pris la peine de raconter, voire d'expliquer. Le lecteur a franchement l'impression que les personnages étaient utiles hors de prison et que l'auteur a, d'un coup de baguette magique, décidé de les faire sortir pour les mettre sur ce bateau.
Tout au long du livre, Sue se joue des contraintes narratives. Les épisodes (car je n'ai pas précisé que "Le juif errant" était publié sous forme de feuilleton dans le journal) se suivent à peu près, mais en laissant de grandes failles dans l'histoire. Des personnages attachés les uns aux autres ne prennent jamais contact, des mourants reprennent brusquement vigueur… Régulièrement, pour ne pas perdre son lecteur, Sue lui lance des "quelques jours après la scène précédente". Qu'ont fait les personnages entre temps, on voit bien que ce n'est pas la question importante.
Dernier point amusant, ce livre est une oeuvre délibérément politique. Il y a l'histoire générale, qui s'en prend à la Compagnie de Jésus et à sa supposée quête de pouvoir. Régulièrement, des notes de bas de page viennent démontrer à quel point l'auteur trouve les principes et règles cette société dangereux. Sue place également dans son histoire des événements qui lui permettent de longs développements dans lesquels il intervient directement. Ainsi, il réclame une hausse du salaire des ouvriers sur plus de deux pages (partant d'un cas précis dans l'histoire, il s'en éloigne pour généraliser). Il critique également la possibilité d'être libéré sous caution à un tarif que seuls les plus riches peuvent se permettre. et attaque les internements forcés. Il défend également les logements collectifs pour les ouvriers avec des coopératives autogérées.
Pour conclure, j'ai l'impression d'avoir lu une espèce d'ovni littéraire. Un livre attachant par sa sincérité et son ambition, mais qui souffre de son manque de structure. A se demander si l'auteur avait véritablement un plan lorsqu'il a commencé la rédaction des premiers chapitres. Il n'y a pas que le juif qui erre, dans ce livre ! Et encore, je ne vous parle pas du rôle du juif errant mentionné dans le titre… Sur ce point, j'hésite entre perplexité et éclat de rire.
11:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eugene sue, le juif errant
08.01.2010
Une sécurité à deux vitesses
Ce matin, à la radio, on reparlait de ces scanners corporels, que certains veulent installer dans les aéroports. Vous savez, ces machins qui vous déshabillent, comme dans des pubs minables, pour vérifier que vous ne portez pas sur vous une ceinture d'explosifs ou je ne sais quel produit dangereux.
Comme toujours, les adeptes de la peur profitent de la moindre opportunité pour jouer avec les angoisses de la population. Allons-y, vendons de la vidéo-surveillance, du flicage total, du déshabillage, des interdictions vis-à-vis de pays dont les habitants sont potentiellement terroristes (ça ne choque personne, cette liste de pays ? Vous êtes algérien, vous n'avez pas les mêmes droits que les marocains et, bien sûr, bien moins qu'un européen… D'ailleurs, dans les listes, ils ont de l'humour, ils n'ont pas mis les Saoudiens, pourtant les plus nombreux dans les avions du 11 septembre…).
Pour tous ceux qui ont fréquenté des aéroports dans des pays moins riches que les nôtres, cette histoire de scanner est juste une énorme plaisanterie. Pour tout vous raconter, j'ai pris l'an dernier un avion en Afrique, dans un aéroport qui n'était qu'un hangar, avec contrôle manuel des papiers, sans aucune fouille. Les bagages, eux, étaient déposés directement sur le tarmac en attendant d'être mis dans l'avion. Il s'agissait d'un vol vers Paris.
Alors toutes nos mesures de sécurité, les ceintures qu'on nous fait enlever et tout ce qu'on va inventer me font bien rire. On sait parfaitement que si des terroristes veulent faire péter un avion, ils n'auraient aucun souci à le faire sur ce type de vols, dont personne ne se préoccupe.
Quand les autorités envisagent de prendre des mesures, il ne s'agit nullement de sécuriser les vols, mais plutôt d'éviter d'être pointés du doigt en cas d'attentat. Il ne faut surtout pas dire que notre aéroport n'est pas sûr. C'est uniquement cela qui les préoccupe. Plus pour le chiffre d'affaires et le maintien du nombre de vols dans l'avenir. Il ne faut pas que l'aéroport perde le marché des vols entre les pays riches. Ils sont prêts à laisser péter 10 Bamako-Paris tant qu'on leur assure que tout se passe bien sur les Nice-Londres.
10:47 Publié dans information | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : scanners corporels, aéroport, sécurité
06.01.2010
La route est longue
Maintenant que le rythme se ralentit un peu, j'ai pu ranger un peu la montagne de papiers sur mon bureau. Je suis tombé sur plusieurs pages arrachées d'un journal pendant l'été 2006. Elles servaient de point de départ à une histoire que je pensais alors écrire.
Quelques mois plus tard, je me souviens que je rentrais en taxi, en fin fin de soirée, lorsque j'ai entendu une interview qui m'a rappelé ce sujet. J'ai gardé les idées au fond de ma tête, le temps de laisser mûrir, de travailler sur autre chose.
Après la publication de "L'après 14 juillet", vers le milieu de l'année 2008 je savais que je reviendrais vers ce sujet. J'ai travaillé sur mes recherches pendant l'été, pris des notes, avancé… A l'automne, j'ai voulu commencé à écrire et j'ai eu du mal. Tout s'est décanté en 2009 et j'ai écrit le point final de la première version en juin.
Après avoir laissé passer du temps, faire lire à quelques proches, corrigé, j'ai le sentiment le mois dernier d'avoir abouti à quelque chose.
Tout à l'heure, ma fille m'entendait parler de nouveaux livres et elle m'a demandé si c'était "Terre inconnue" (oui, c'est le titre du projet. Ou du moins c'est son titre actuel tant il a évolué). J'ai dû la détromper et lui réexpliquer que le livre, même s'il était presque fini, ne verrait pas le jour avant plusieurs mois. Je suis, aujourd'hui, incapable de lui dire quand elle pourra le voir. Tout au plus ai-je pu lui expliquer le temps de gestation d'un projet, comme je le fais aujourd'hui.
Une idée née à l'été 2006, sur laquelle j'ai réellement travaillé deux ans plus tard. Suivent ensuite 6 mois environ de recherches, 6 mois d'écriture, 6 nouveaux mois de corrections… avant d'entrer dans le temps, non plus de l'auteur, mais celui de l'édition, de l'impression, de la sortie…
La seule chose que j'ai pu promettre à ma fille, c'est que le livre serait sorti avant la fin 2010. Le problème, c'est que même un enfant de 7 ans sait que l'année vient de commencer et que la fin est très très éloignée.
Pour illustrer ces mots, j'avais en tête la reprise des Hollies par les Housemartins : "He ain't heavy, he's my brother". La chanson commence par "The road is long with many winding turns that lead us to who knows where"… Une recherche m'a amené sur youtube, où je n'ai pas trouvé la bonne version, mais c'est pas grave, je ne résiste pas au plaisir de vous faire admirer le kitsch de la version originale par les Hollies .
14:49 Publié dans Ecrit | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ecriture

















