02.03.2009
Les yeux ouverts
Je n'avais jamais les pieds en Afrique. Ou plus exactement en "Afrique noire".
Pour nous , il était inconcevable d'aller dans un pays d'Afrique juste pour se dorer la pilule, voir des plages, la piscine d'un hôtel, quelques sites touristiques et basta.
C'est pour cela que ma petite femme (là, je n'ose même plus écrire "nous") a pris contact bien avant notre départ avec une association qui agit en Casamance. Avec eux, nous avons échangé puis décidé d'organiser une collecte de fournitures scolaires à emporter sur place. C'est ainsi que nous avons emporté plus de 30 kilos de livres, cahiers, stylos, crayons… Mais tout cela finit par apparaître dérisoire quand on regarde les besoins sur place.
Le séjour a été rempli de belles rencontres, de découvertes et d'anecdotes qui vont aussi bien nous enrichir qu'apporter énormément aux filles. Pour nous, la question du niveau de vie en Casamance n'est plus quelque chose de théorique, mais se rapporte à toutes ces personnes avec qui nous avons eu la chance de pouvoir discuter. Ceux qui nous ont montré leur village, leur maison, leur école, leur moyen de transport…
Nous avons découvert plein de choses et le retour a été est difficile. Nous avons créé des contacts, que nous allons maintenir, bien loin du touriste habituel qui passe d'un site à un autre sans un regard vers les habitants. Je ne sais pas si nous pourrons retourner là bas rapidement (sûrement pas aussi rapidement que nous le souhaitons, c'est certain), mais les échanges ne seront pas rompus.
Je viens par exemple de recevoir un mail du barman de l'hôtel où nous résidions (oui, je sais ce que vous pensez… un barman, comme par hasard). Nous avons passé des heures à discuter avec lui. Amadou n'est pas à nos yeux l'employé de l'hôtel, mais un être humain très attachant. Un gentil qui nous a ouvert les yeux sur sa vie. Sur la vie. Par son message, il voulait juste s'assurer que nous étions bien arrivés.
Bien évidemment, je vais aussi parler de Martin. Responsable d'une association locale, il s'occupe d'éducation artistique, il veut monter une bibliothèque de quartier, un système de parrainage et a encore plein d'autres projets que nous avons envie de partager avec lui. Sauf grande déception, j'en reparlerai ici dès que nous aurons avancé.
Martin fait partie des organisateurs d'une manifestation qui résume plutôt bien l'esprit que nous avons ressenti sur place. Il s'agit d'un festival qui s'est tenu dans plusieurs villages. Au programme, spectacles, danses, théâtres de rue… Nous avons assisté à l'une des soirées. Elle avait lieu dans un village de brousse dans lequel il n'y a même pas l'électricité. Inutile de dire que les contingences techniques ont été ahurissantes et auraient incité n'importe quel européen à baisser les bras. Et pourtant, après quelques pannes, la sono et les spots ont fonctionné pour apporter à ce village une fête totalement inédite. A un moment, vers 20h, alors que la nuit venait de tomber, à peu près en même temps que l'électricité s'arrêtait, une fille est venue nous proposer de nous aider à trouver quelque chose à manger. Nous l'avons reconnue, elle venait de danser quelques minutes plus tôt. Comme tout le monde, elle voulait que tout se passe bien et se démenait pour le bien être du public. Public venu gratuitement, puisqu'il s'agissait d'un spectacle gratuit (ils n'imagineraient même pas de faire payer).
Je vais finir par une dernière anecdote. Un jour, alors que nous marchions sur la plage, nous avons rencontré Abdulaye. Abdulaye était assis sur un grand morceau de tissu, en train de confectionner des colliers. Posé à ses côtés, il y avait un livre : "Le banquet" de Platon. Nous avons discuté avec lui (et échangé un collier pour les filles contre la promesse de lui envoyer le "contrat social" de Rousseau), il nous a avoué qu'il y avait quelques "mots compliqués"… Discuter avec un vendeur de collier philosophe, qui peut dire que nous n'avons pas eu de la chance ?
Alors merci à lui, comme à Fatou, Maria, Mamadou, André, Samba, Stanislas, Nestorine (si si, je vous assure), Marc, Pierre, Ali, Alpha, Angélique, Appolinaire, Juliana, Abdou et tous les autres. Ils nous ont tous aider à ouvrir les yeux. C'est une chance que nous voulons partager.
14:47 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sénagal, casamance



















Commentaires
Merci de partager, un peu, par ces mots, cette belle aventure avec nous.
Ecrit par : Anne | 02.03.2009
C'est sur qu'un tel voyage, et surtout de telles rencontres, bousculent et interrogent, mais peut être pouvez vous, toi et ta "petite femme" organiser une (ou des) collecte(s) "culuro-litéro-scolaire" ciblée et trouver un moyen de faire parvenir en Casamance le fruit de la récolte. Peut être par le biais d'associations humanitaires, mais bon !!! Qui ne tente rien !!! En tout cas merci de nous rappeler que malgrés les difficultés que nous vivons ici, nous devons garder une attention solidaire vers ceux qui sont plus démunis que nous .André
Ecrit par : André | 02.03.2009
J'ai reconnu beaucoup de choses dans ton article; Moi aussi j'ai eu un vrai choc en allant pour la première fois en Afrique dite "noire" pour la Croix Rouge. J'étais née et avais vécu en Afrique du Nord, mais rien à voir . Le mélange du ton direct, de la spontanéité avec les paroles policées, dans ce français d'autrefois ; le sourire de tous dans les villages malgré la situation catastrophique, cette façon de donner et d'être attentif à l'autre alors qu'on n'a rien. On n'est plus pareil après un tel voyage. d'autant que j'avais eu la chance tout comme toi de ne pas faire un voyage touristique mais d'être accueillie dans les familles.
Mais tu sais, même les tous petits cadeaux, les quelques crayons, livres et cahiers leur sont utiles. Je me suis occupée pendant près de 10 ans de monter des mini projets financés par les enfants ici pour d'autres enfants dans des villages africains. Nous y allions ensuite avec un ou deux jeunes reporters qui voyaient le résultat et rapportaient un reportage. Toutes ces gouttes d'eau ça ne change pas la face du monde mais ça donne un signe et un signe, c'est significatif, non ?
Par ailleurs, nous voudrions sur Colombes, dans le cadre des actions de coopération décentralisée, proposer aux écoles, aux quartiers, aux associations des petits projets auxquels s'associer, alors, si tu as des propositions, on pourrait en parler à l'occasion...
Ecrit par : chantal barthelemy-ruiz | 03.03.2009
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