21.04.2009
Une claque
Mon premier contact avec les livres de Dennis Lehane, c'était avec "Ténèbres, prenez-moi la main", le deuxième roman de la série dite "Kenzie/Gennaro". J'avais trouvé ça pas mal, mais sans plus. J'avais le sentiment d'être un peu passé à côté, ce qui m'avait incité, quelques mois plus tard, à acheter "Un dernier verre avant la guerre", le premier livre de la série. Et là, tout s'est éclairci. J'avais la genèse du truc, je comprenais le pourquoi du comment des personnages.
J'ai évidemment lu tous les autreslivres de la série. Avec une préférence pour "Gone, baby, gone". Forcément. On dépassait le cadre du polar pour toucher un sujet moral tellement délicat qu'il déchirait le couple de "héros".
Et puis il y a eu "mystic river", avec ses personnages si marquants. Puis "shutter island", différent, avec une tension bien plus psychologique, son ambiance de huis-clos déroutante.
Il y a quelques semaines, j'ai ajouté "Coronado" à ma collection. J'avais été un peu perplexe à la publication du bouquin. Un recueil de nouvelles accompagnant une pièce de théâtre, ça ressemblait à un bouche trou associé à une expérience douteuse. Parce que franchement, le théâtre, ce n'était pas là où on attendait Lehane. Et j'avoue qu'après avoir lu la pièce, je ne suis pas complètement convaincu qu'elle tienne la route sur scène. Ou alors avec une mise en scène carrément brillante tant le parti pris est ambitieux. Ce sont toujours les personnages qui tiennent la route, de la même manière qu'ils le font avec la nouvelle qui ouvre le recueil "à court de chiens".
Autant dire que quand j'ai appris la sortie d'un nouveau Lehane, je suis passé dépenser mes sous chez mon libraire. Thomas m'avait prévenu que le roman sortait complètement de l'univers du polar contemporain habituel pour raconter une histoire située à Boston (comme d'hab') en 1919. Le "pays à l'aube", du titre, c'est les Etats-Unis de l'immédiate après guerre, entre retour des soldats, chômage, luttes sociales et raciales, psychose terroriste, pandémie de grippe (je croyais jusqu'alors que la maladie était restée en Europe, où elle avait tué mon grand-père et arrière-grand-père, un coup de wikirecherche a complété mes découvertes dues au roman)…
Les personnages sont, comme toujours attachants, non dénués d'ambiguité, comme Danny Coughlin, le flic chargé d'infiltré le syndicat policier naissant, ou Luther, le black qui se bat pour rester debout. On suit également Babe Ruth, personnage réel, grande figure du base ball, ayant battu de nombreux records, mais aussi figure emblématique d'une notion de sport naissante…
Incontestablement, le livre est porté par un souffle épique qui nous fait dévorer les 750 pages. J'ignore comment ce livre a été perçu. Bien plus ambitieux que les précédentes oeuvres de Lehane (même si l'évolution est logique), il a dû en dérouter plus d'un. J'étais déjà perplexe en découvrant le livre classé dans les "polars" de la librairie, de la même manière qu'il n'aurait jamais dû entre dans les "thrillers" de Rivage, éditeur qui n'a pas dû savoir quoi faire du manuscrit (un peu comme ils avaient dû être emmerdés en cataloguant "44 jours" de David Peace dans la même collection).
J'imagine que pour certains, "Un pays à l'aube" restera comme l'oeuvre gonflée d'ambition d'un écrivain de polars, alors que si le livre était sorti sous un autre nom, les mêmes se seraient gargarisés d'avoir découvert un des romans les plus intéressants de la littérature américaine contemporaine. Mais pour cela, il faudrait qu'ils arrêtent de regarder avec dédain les Lehane ou autre Pelecanos, qui sont à mes yeux parmi les plus intéressants révélateurs de la vie américaine.
08:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dennis lehane, littérature américaine, pelecanos



















Commentaires
Ca donne un peu plus envie si besoin était ! Je conseille The turnaround de Mossieu Pelecanos, on y retrouve un peu de Mystic River mais à la sauce Pelecanos, dommage que la fin soit un peu "facile", mais ça reste du Pelecanos à déguster sans modération...
Ecrit par : Chob | 21.04.2009
Grrr… J'ai vu que Pelecanos avait déjà 2 publications aux US dont je ne vois pas de date de sortie en France… J'avoue, je ne me sens pas de lire en VO…
Ecrit par : fabrice | 22.04.2009
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