03.08.2009

Seul le record compte

Depuis un an environ, je nage (eh eh, quel humour !) dans le milieu de la voile, je m'intéresse aux navigateurs, je suis leurs performances (en tant que telles et non pour leur résultat sur le papier).

Donc, logiquement, j'ai suivi les tentatives de record de traversée de l'Atlantique nord qui ont enfin eu lieu en fin de semaine. Et quand je lis et j'entends les compte-rendus qui en sont faits, forcément, ça m'énerve.

Vous avez entendu les informations au cours de ces 24 dernières heures, vous avez donc appris que Pascal Bidegorry avait battu ce record. En étant un peu plus attentif, vous avez pu entendre qu'il n'était pas le seul sur le bateau (il était le skipper d'un équipage de 12 marins).

Ce qui m'énerve (entre autres), c'est qu'on ne dit pas un mot sur l'autre tentative qui avait lieu au même moment. Un autre bateau, skippé par Franck Cammas (l'ancien détenteur du record) a, lui aussi, battu l'ancien record. En gros, personne n'avait traversé l'Atlantique en moins de 4j, ils l'ont fait en 3j, 18h… Impressionnant, non ? Le problème, c'est que Bidegorry était arrivé quelques heures plus tôt, en 3j, 15h… Donc, tout le monde se fout de la performance de Cammas et de son équipage.

Autre sujet intéressant, le principe même de ce genre de record… Ca fait des semaines que les 2 bateaux étaient dans les starting-blocks, à New-York. Tout le monde était prêt, à attendre la bonne "fenêtre météo". Ah ben oui, il ne faut pas croire qu'ils partent au hasard, sûrs de leur bateau. Ils ne vont pas s'amuser à tomber dans la pétole et se traîner sur l'océan, de même qu'ils ne vont pas risquer de casser leur jouet.

Ca fait fes mois qu'ils le préparent, ce record (les deux bateaux). Tout est fait pour cela. C'est la technologie mise dans le seul but de battre un record, d'en mettre plein la vue. Devant le nombre d'accidents, il y a une dizaine d'années, les grandes courses de voile avaient décidé de limiter la taille de ces monstres. Beaucoup de marins se sont calmés et ont préféré d'autres options. Les courses en équipages sur ces maxi-multicoques ont pris une autre teneur. On est revenu aux classements pour les 60 pieds (à peu près la moitié de la taille du Banque pop de Bidegorry).

C'est quoi, l'intérêt de tels records ? Déjà que je ne m'intéresse pas aux courses… La voile, pour moi, c'est plus l'exploit d'arriver au bout. Je repense au Vendée Globe, que j'avais suivi pour les mêmes raisons professionnelles. J'étais presque plus admiratif envers le dernier, l'Autrichien qui a bouclé son tour du monde un mois après Desjoyeaux, mais sur un vieux bateau, avec des moyens fincanciers bien plus limités…

A ce propos, et vous en entendrez parler dans les semaines et les mois qui viennent, j'en profite pour clamer mon admiration envers Eugène Riguidel. Un grand navigateur et un mec bien. Mais j'y reviendrai forcément…

 

Ah oui, quitte à parler des navigateurs, je ne peux qu'être impressionné par Yann Elies, qui se fracture la jambe au milieu de nulle part en décembre (en plein Vendée Globe, il a dû tenir seul à bord pendant plusieurs jours en attendant les secours venus d'Australie). Ce week-end, il a gagné la première étape de la course du Figaro. Ce n'est pas tant la victoire qui m'impressionne que sa participation. Ce mec n'a pas pu poser un pied par terre pendant des semaines et 6 mois plus tard, il reprend comme si de rien n'était… Des malades, je vous dis…

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